LE “FABULLEUX” ROMAN DE SACHA
 
Premières pages :

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	Je m’appelle Sacha et j’ai douze ans. Je suis en cinquième. C’est… nul. Je déteste le collège. De toute façon, c’est pas dur, je DÉTESTE tout : les cours, les profs, les raviolis, le judo, mon père et les filles du collège — rectification, toutes les filles du monde — sans oublier mes sœurs-jumelles-qui-se-la-pètent-parce-qu’elles-sont-en-troisième. 
	Mais celle qui trône en tête de liste, c’est ma mère. Elle cumule. C’est une fille, ma mère et une prof. Pourtant, vous n’allez pas me croire, il y a pire encore...
	La lecture. Je HAIS la lecture. C’est un truc de gonzesses.
 	Les filles, elles, peuvent rester assises des jours entiers à lire, à penser au prince charmant, à critiquer leur meilleure nouvelle amie avec leur ancienne pire ennemie, à imaginer les trucs qu’elles rêveraient de mettre et qu’elles ne porteront jamais parce que leurs mères ne voudront pas, surtout qu’à force de rester immobiles, leur graisse va enfler de mois en mois. Alors elles n’auront plus qu’à chialer devant leur miroir qui ne sera jamais assez grand pour renvoyer leur image de baleine... 	Ouais. Ça, c’est le genre de truc que font les nanas. Un peu que j’suis au courant ! J’ai deux sœurs débiles qui usent leur slim-moche-ultraboudinant-taille-basse sur les chaises en plastique de la bibliothèque pour lire des magazines de mensonges sur les stars. Ah ! Ah ! Ah !
	Alors que nous les garçons, nous avons besoin d’air. D’espace en vrai. Ça nous suffit pas de l’imaginer. Il faut qu’on se dérouille les jambes et qu’on tape dans un ballon. Minimum. Mon pote Marcus dit que c’est génétique. Moi, je dis qu’il a raison. Notre passion, c’est le basket. Je suis un as. Un dieu. Un peu que c’est vrai ! J’baratine pas. Je suis le BOSS du club. Avec mon ballon, je fais des trucs d’Américain. Un jour, j’serai dans une grande équipe, je mesurerai deux mètres et je lancerai mon ballon dans le panier à l’autre bout du terrain sans même avoir à bouger les pieds. De dos.
	Je serai un géant.
	Sauf que Marcus, ce naze, m’a fait un croche-patte de traître, il y a deux semaines et, depuis, j’ai été opéré. Mon bras droit est immobilisé dans un plâtre depuis l’épaule jusqu’au poignet. Conclusion, je suis dans la panade totale. J’ai envie de le massacrer, Marcus. Il n’a pas intérêt à venir rôder dans les parages, sinon je lui saute à la gorge. Parole.
	Mais ce qui me tue, c’est que je ne peux même pas frimer au collège avec mon magnifique plâtre de héros, puisque c’est les vacances de Pâques ! Je suis condamné à la maison avec Isabelle et Marie, mes sous-développées-de-sœurs-chouchoutes-à-vie-de-notre-mère-et-qui-se-prennent-pour-des-top-models. Elles sont si bêtes qu’elles croient qu’elles ont leur chance ! Le mois dernier, elles hurlaient qu’elles seraient chanteuses ou rien. Le mois d’avant, elles voulaient devenir actrices à HHHHollywood… 
	Les filles ! J’te jure ! 
	Même ma mère est dé-ses-pé-rée. Tu penses ! Une prof de français ! C’est comme si on l’envoyait travailler avec des cochons ou des classes maternelles ! Parce que, j’sais pas si tu es au courant, mais dans le monde des enseignants, c’est un peu comme à l’armée, il y a aussi une hiérarchie. En premier, il y a les plus intelligents — les universitaires — qui pensent que les professeurs de lycée sont des gamins, qui, eux, considèrent ceux du collège comme des ratés, qui, eux, regardent les professeurs des écoles en riant, qui, eux, se roulent par terre en expliquant que un plus un font deux aux maîtresses de maternelle. Alors le petit personnel… j’te laisse imaginer ! 
	Remarque, c’est pareil chez les musiciens. Les pianistes se moquent des percussionnistes. Les scénaristes de BD ne seront jamais des écrivains. Les cuisiniers de restaurant scolaire ne savent pas faire un œuf à la coque « de chef ». Les blonds et les bruns ricanent des roux, dans le meilleur des cas ! 
	En gros, dans le monde des adultes, c’est la même chose que chez les ados. Tout le monde déteste celui qui n’est pas comme lui. J’sais pas pourquoi, mais il faut qu’on invente toujours notre petite organisation. Partout, il y a un chef qui écrase le reste des troupes. Parfois, il explique que c’est pour leur bien et, parfois, il explique rien et tape, emprisonne ou flingue quand on lui dit « non ». Ça me démoralise !  
	Des fois, j’veux pas devenir grand. 
	J’en arrive même à envier mes sœurs d’être des dégénérées du cerveau. Elles n’ont pas conscience de la sécheresse intellectuelle du monde. Elles regardent la télé et croient tout ce qu’elles voient. « Normal, si ça passe à la télé, c’est forcément vrai ! » me répondent-elles en chœur. « Ben, non ! C’est pas toujours vrai ! C’est pas parce que Justin chante comme un amoureux qu’il est amoureux de toutes les filles ! » « Il sera amoureux de nous ! » « Pourquoi ? Parce que vous êtes les plus moches ? » .
	Paniquées et désespérées, ces deux andouilles filent à la salle de bain vérifier dans le gigantesque miroir si, en ce royaume, etc., etc., etc. Dix minutes plus tard, elles rappliquent victorieuses et satisfaites de ce qu’elles ont vu. Les pauvres ! Même mon père dit qu’elles devraient changer de lunettes. Moi, je dis qu’il faudrait leur changer le cerveau. 
	Mais bon… la science n’est pas encore au top question greffe. On en est aux mains et au visage et c’est déjà un exploit que le monde entier n’admire pas à sa juste valeur. T’imagines un peu ! Retrouver tes mains pour rejouer au basket ? Merci. Merci du fond du cœur à tous les professeurs Frankenstein de la planète de s’occuper de nous pendant que mes sœurs vont grandir devant des magazines ou des séries et mourir comme des lobotomisées. Point barre. 
	Les filles ! J’te jure…