Premières pages BM
 
 
PRÉFACE
 
Il arrive un moment dans la vie et certainement encore plus dans la vie d’une femme où on se dit « quelle place ai-je donc dans la société ? » On s’est tellement toujours vue si ce n’est regardée dans le regard des autres, surtout si on a eu une vie banale, une vie de femme entrée dans le moule sociétal de notre civilisation européenne, une femme du vingtième siècle qui a mené la double vie, celle au foyer et celle au travail rémunérateur.
Bref, Régine est une de ces femmes nées dans la deuxième moitié du vingtième siècle, ayant vécu les rapides transformations techniques, technologiques qui ont bousculé toutes nos façons de percevoir le monde, de le concevoir. Elle a un pied dans la vie des femmes d’avant elle et l’autre dans la vie des femmes d’aujourd’hui.
Régine n’a pas la prétention, à la manière d’un Montaigne féminin, de donner sa vie en exemple de ce que peut être l’humaine condition féminine. Elle se contente, à travers son expérience de mère et de belle-mère de brus, de représenter ces mères qui deviennent malgré elles et, oserai-je dire, sans elles, des Belles-Mères !
Aldo Naouri, que comme moi, elle a lu et relu - elle qui n’est mère que de fils - a écrit tout un livre très enrichissant et bien connu sur les belles-mères. Il s’appuie sur les sciences biologiques, les sciences humaines, l’ethnologie, la psychanalyse, la biologie. Mais il est homme, voit et réagit en homme avec ses préjugés (bien qu’il le nie avec force) transmis par l’origine même de la vie ! C’est à partir de tout ce qu’elle a lu donc, vu, entendu et à partir de nombreux exemples rencontrés qu’elle se propose de montrer et de dire, avec, cette fois, un regard de femme, une expérience de femme, à toutes ces femmes, mères de fils (en particulier ceux qui n’ont été élevés que dans un foyer où seuls des garçons sont nés), qu’elles soient restées en couple avec le père des dits enfants ou qu’elles aient dû vivre seules, divorcées ou veuves, avec des fils :
 
VOUS ÊTES ADMIRABLES
 
Vos seuls torts sont toujours de vouloir rester femme et mère.     
Et si plus est, vous n’avez pas eu de filles, c’est ainsi, vous n’y êtes pour rien. Néanmoins, on pourrait vous reprocher de ne pas avoir fait autant d’enfants que la nature pouvait vous offrir. En effet sur huit, douze ou dix-huit enfants, il y aurait eu plus de probabilités d’avoir au moins une fille. Mais vous, marquées par toutes ces guerres dont on vous a tant parlé, vous avez répugné à mettre au monde « de la chair à canon ». Vous êtes des femmes de caractère. Vous avez connu tous les procédés pour maîtriser votre corps. Vous avez choisi votre vie, vous en aviez le droit exclusif depuis 1966 et encore plus à partir de 1973. Bref vous avez eu le nombre d’enfants que vous pensiez pouvoir assumer. Certaines n’ont pas pu choisir ! Un seul et ce fut un garçon !
Vos garçons sont votre fierté. Ils vous aiment, disent-ils, et vous les croyez. Ils vous en donnent des preuves. Vous recevez sans méfiance les copines et peut-être bonnes amies comme disaient vos aïeules. Et puis un jour….
Un jour vous sentez qu’il se passe quelque chose. Il refuse de porter le pull que vous aviez pourtant choisi ensemble. Pas de quoi vous offusquer, au contraire pensez-vous, il prend vraiment tout ce qui le concerne en main ! En fait vous avez complètement oublié que votre fils est un homme. Et c’est à ce moment qu’il faut que vous compreniez et pour cela, il faut, et vous ne le faites pas parce que c’est déjà si loin, vous reporter quelques décennies en arrière. N’avez-vous pas jugé ringard le costume, le manteau du jeune homme dont vous vous épreniez ? Ne lui avez-vous pas offert une eau de toilette que vous aimiez ? Bref, c’est à ce moment qu’il faut bien vous remettre dans la tête que ce fils a un père et que ce fils a toutes les chances de se comporter comme son propre père, enfin comme un homme ni plus ni moins. Ouvrez donc les yeux ! Et notre société est ainsi faite qu’il est temps pour vous, maintenant, d’acquérir la sagesse dont vous allez devoir faire preuve. Il vous faut bien constater ce qui se passe autour de vous, faire des choix et les assumer et puis vous adapter et survivre.
Ne faites pas partie de celles qui s’aveuglent clamant haut et fort « pour moi, tout se passe bien ! ». Cherchez bien, il existe un petit quelque chose qui vous échappe certainement que ce petit précis vous aidera à cerner.
Ces quelques pensées sont là pour rassurer celles qui souffrent dans leur cœur de mères, les conseiller pour tout de même être heureuses mais aussi pour mettre en garde toutes les autres. Ne jamais oublier qu’une belle-fille n’a jamais dit son dernier mot, les fils non plus à coup sûr !
 
H de la C